WISG : la recherche se mobilise pour faire face aux nouvelles menaces et risques hybrides

Ces dernières années, sociétés et états sont confrontés à de nouvelles menaces hybrides, entre physique et numérique, visant à les déstabiliser. Désinformation, cyberattaque ou rançongiciel : les menaces cyber subsistent en permanence et sont en constante évolution. Dans un cyberespace devenu un nouveau lieu d’opérations et face à la vulnérabilité des états, des infrastructures critiques, ou des populations, la recherche œuvre pour la protection des systèmes d’information en développant de nouveaux outils grâce aux nouvelles technologies, comme l’IA ou le big data.

Depuis 2006, l’ANR a soutenu près de 250 projets de recherche dans le domaine de la sécurité. Coorganisé avec le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR) et le Secrétariat générale de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN), et en partenariat avec le Pôle Safe, le Pôle Mer Bretagne Atlantique et Images &Réseaux, le WISG est l’occasion de faire le point sur les avancées scientifiques issues de projets et de favoriser les échanges et les partenariats de recherche entre acteurs académiques et privés.

La cybersécurité et la cyberdéfense doivent se penser au niveau global

La matinée du 14 mars a commencé avec le discours liminaire de Pascal Bain, responsable du département Sciences Physiques, Ingénierie, Chimie, Energie (SPICE) à l’ANR, qui a ouvert cette 16e édition du WISG. Pascal Bain a rappelé que, depuis 2015, 17 projets en sécurité soutenus par l’ANR impliquent au moins une équipe rennaise, six de plus sur l’ensemble de la Région Bretagne. Il a ainsi souligné le dynamisme du territoire régional dans le domaine de la sécurité, notamment avec la tenue de cet événement à Rennes, pôle d’excellence en cybersécurité. Cette année, le WISG fait la part belle aux sciences du numérique, avec comme fil rouge l’intelligence artificielle. Insistant sur le côté ambivalent et multidimensionnel de l’IA, pour lui, la mise à disposition au plus grand nombre de ChatGPT génère des risques nouveaux en même temps que ces nouvelles technologies ouvrent le champ des possibles. Pascal Bain a également évoqué l’appel à manifestation d’intérêt « IA-Cluster » qui s’inscrit dans la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle, lancé dans le cadre du plan d’investissement France 2030.

François Murgadella, chef du Pôle « Développement des technologies de sécurité », SGDSN – Direction de la protection et de la sécurité de l’Etat, a pointé la nécessité de répondre aux crises cyber récurrentes, en soulignant l’hybridation des menaces physiques et numériques et l’importance de comprendre le risque global pour élaborer des solutions efficaces. Il a mis en avant le rôle crucial des opérateurs et des industriels dans la protection contre ces menaces, tout en appelant à une recherche interdisciplinaire et transnationale similaire à celle entreprise au niveau européen. Il a également abordé la question du recours croissant aux technologies d’intelligence artificielle, mettant en évidence les opportunités qu’elles offrent malgré les préoccupations concernant l’IA générative : pour lui, il est fondamental de maîtriser ces outils afin de garantir la souveraineté nationale et d’assurer la résilience face aux cybermenaces, un domaine où le SGDSN est activement engagé dans la recherche et la collaboration.

Hervé Martin, chef du secteur « Mathématiques, physique, nano-sciences, sciences et technologies de l’information et de la communication », Service de la stratégie de la recherche et de l’innovation, DGRI, Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR), a mis en lumière les investissements significatifs menés en France pour renforcer les compétences nationales et internationales, tout en soulignant le rôle crucial de l’humain dans ces domaines malgré sa vulnérabilité potentielle. Il a plaidé en faveur d’une approche collaborative, tant au niveau national qu’international, pour faire face aux menaces hybrides et partager les connaissances nécessaires à la sécurité globale.

Pour David Alis, Président de l’Université de Rennes, la Bretagne est un territoire dédié à la défense, à la sécurité globale. Selon lui, il est nécessaire de dépasser les clivages et nouer des partenariats fructueux afin d’assurer la sécurité partout et pour tous pour faire face à ces nouvelles menaces et ces nouveaux risques. L’interdisciplinarité et la mobilisation de l’excellence de la recherche doivent être mises au service de l’identification de nouveaux risques pour mettre en place des réponse adaptées ; et l’innovation au service de la détection précoce et le contrôle de ces menaces, qui pèsent de plus en plus lourd. Il a pointé la nécessité de se préparer, d’anticiper, de mener une approche globale, holistique et de prendre dans l’IA ce qu’il y a de meilleur pour nous aider à relever ces défis.

Sensibiliser, former et mobiliser tous les acteurs à ces nouveaux enjeux

La journée du 14 mars a aussi été marquée par des présentations de projets autour des nouvelles technologies et leurs implications éthiques et réglementaires. Ingrid Dumont, de la Fondation Saint-Cyr, a mis en avant, à travers le projet DRIFT FH – Digitalisation : risques, incertitudes et fragilités des technologies en lien avec le facteur humain, les recherches visant à renforcer la sécurité numérique en comprenant les déterminants des comportements et en adaptant les réponses en conséquence. Philippe Robert, de l’Université Côte d’Azur, a présenté des travaux du projet MEPHESTO – Digital phenotyping for psychiatric disorders from social interaction visant à utiliser l’intelligence artificielle pour le diagnostic et la prise en charge des troubles psychiatriques ou encore, le projet EQUIHid – Vers une protection de la vie privée équitable pour les services de e-santé avec Nesrine Kaaniche, de Télécom SudParis, abordant les défis posés par l’utilisation massive des données personnelles. Une table ronde, axée sur les « Menaces et risques hybrides : les nouveaux enjeux de la sécurité et de la résilience de nos démocraties » est venue conclure cette première session. Les intervenants ont mis en avant la nécessité d’une collaboration européenne voire internationale pour élaborer des réglementations efficaces, ainsi que l’importance de sensibiliser et de former tous les acteurs à ces enjeux.

Lors de la deuxième session, dédiée à la recherche au service de solutions hybrides opérationnelles, les présentations de projets ont mis en lumière les avancées dans des domaines tels que la prédiction des menaces, avec le projet RéSoCIO – Réseaux Sociaux en situation de Catastrophe naturelle : Interprétation Opérationnelle, présenté par Samuel Auclair, BRGM / Pôle SAFE ; et la lutte contre la désinformation et la protection des infrastructures critiques, illustrées par les projets Confiance AI – Un collectif français d’envergure inédite pour concevoir et industrialiser des systèmes à base d’intelligence artificielle de confiance, porté par Jean-Michel Tran, de la société Naval Group et le projet NAIAD – Naval situational Awareness based on signal Interception and Anomaly Detection, présenté par François Paulus, de la société Semsoft. Les discussions entre les porteurs de projets et des experts de la thématique lors de la seconde table ronde ont souligné l’importance d’une approche transdisciplinaire et de collaborations étroites entre chercheurs et acteurs publics et privés pour relever les défis sécuritaires actuels. Ces projets de recherche cherchent à approfondir la compréhension des menaces émergentes en matière de sécurité, fournissant ainsi des outils cruciaux pour anticiper, prévenir et répondre aux défis contemporains. Leur caractère collaboratif implique une étroite collaboration avec de nombreux acteurs pour garantir une montée en maturité technologique et une couverture efficace des risques, en tenant compte à la fois des besoins opérationnels et des avancées scientifiques.

Présentation de l’écosystème des appels à projets dans un cadre global

Dans un cadre européen, les projets de recherche axés sur l’IA en sécurité globale soulèvent des défis techniques, éthiques, sociaux et juridiques complexes. Ces initiatives nécessitent une approche transdisciplinaire et une réflexion approfondie sur les enjeux nationaux et européens pour garantir leur réussite. La journée du 15 mars a ainsi permis d’explorer le panel des programmes de recherche européens, à travers Horizon 2020, des partenariats régionaux et internationaux de l’ANR, et leurs implications scientifiques et organisationnelles. Cette dernière session a été  illustrée par des projets tels que PREVISION – Prediction and visual intelligence for security information, porté par Charlotte Durr, de l’Ecole Nationale Supérieure de la Police (ENSP) et PRAETORIAN – Protection of critical infrastructures from advanced combined cyber and physical threats, présenté par Frédéric Guyomard, d’EDF qui abordent la prévision et la protection des infrastructures critiques face aux menaces physiques et numériques avancées, ainsi que AI4TRUST-The interaction between human and artificial intelligence to combat disinformation, porté par Emmanuel Lageza, qui explore l’interaction entre l’humain et l’intelligence artificielle pour lutter contre la désinformation.

Le WISG a ainsi mis en lumière les nouveaux défis sécuritaires auxquels font face nos sociétés dans un monde de plus en plus numérisé et interconnecté, ainsi que l’importance cruciale de la recherche et de la collaboration pour y faire face.

En présence de Thierry Damerval, PDG de l’ANR, et Pascal Bain, le WISG s’est achevée par la remise des prix du concours “Speed posters” :

1er prix : Dimitri Kokkonis avec BACKED sur la détection effective de portes dérobées logicielles (CEA List, Université Paris Saclay) ;
 2e prix : Virginie Ladroue avec DEVIL INSID et le développement d’une plateforme avancée pour traquer les nouvelles substances psychoactives (Laboratoire Ceisam)
 3e prix : Melody Bouldimi avec STePS, un projet de recherche collaboratif relatif au stress traumatique secondaire des policiers et scientifiques travaillant sur des mineurs victimes de violence sexuelle (Université Lorraine, Université Lyon 2, ENSP).

Thierry Damerval est venu conclure cette dernière journée. Pour lui, le WISG, qui en est déjà à sa 16e édition, est un extraordinaire observatoire des menaces, de leurs évolutions, de la façon dont la recherche y répond. « On voit l’évolution des thématiques abordées lors des WISG à travers l’élargissement des disciplines concernées : la technologie, le numérique mais aussi la biologie, la physiologie, les sciences du comportement de plus en plus, avec une importance croissante des SHS dans toutes leurs dimensions. Le WISG montre aussi l’importance de la coopération entre tous les acteurs, publics comme privées, et à tous les niveaux, locaux, régionaux et européens. La force du WISG, véritable lieu d’échanges, est de rassembler toutes les parties prenantes, de croiser les regards, de permettre à la diversité de la recherche française d’alimenter les débats, d’être force d’innovation et de réflexion, dans une logique de recherche associant toutes les disciplines et de recherche-action : comprendre pour agir ».

Crédits photo : Thomas Crabot

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